Nunca más

Cette série de photographies réalisée à Córdoba, (Argentine, 2022) a pour titre « Nunca más ». Cette formule reprend le nom du rapport de la Commission Nationale sur la disparition de personnes publié en 1984.


J’ai photographié quinze lieux témoins de la disparition de personnes, des opposants politiques, enlevés par les militaires argentins pendant le « Proceso de Reorganización Nacional » c’est-à-dire la dictature d’État entre 1976 et 1983. Les actions violentes ont été effacées par la volonté du pouvoir de ne pas laisser de traces, peu d’images sont présentes, seulement les portraits des disparus lors des manifestations des Mères de la Place de mai.


Après un long travail d’enquête pour rechercher des informations, j’ai récolté des données sur des personnes disparues, quand et à quel endroit elles avaient disparu. Arrivée dans ces lieux précis, je me suis retrouvée face à un paysage banal. Des lieux ordinaires qui ne se prêtent pas à une forme de monumentalisation de la mémoire. L’histoire s’efface dans le paysage. Le temps qui passe, laisse les jeunes générations de Córdoba dans l’ignorance des actes menés précisément dans leur lieu de vie.


Par la photographie, je souhaite réactiver cette mémoire des lieux et par la même la redéployer dans l’imaginaire collectif. La perception des images évolue avec la connaissance de l’histoire de ces lieux, l’incidence de ce que l’on sait sur ce que l’on voit, se produit.


Pour la monstration, l’utilisation de verres comme support permet d’inscrire les données factuelles (date de la disparition, nom des personnes disparues et lieu des enlèvements), devant l’image. L’espace entre les deux plaques face à face, matérialise à la fois un couloir spatio-temporel et apporte une co-présence voire une tension entre l’image et le texte. Le texte vient inquiéter l’image, et en même temps bouscule notre appréhension des paysages photographiés. Et sans même donner à voir ces renseignements, nous savons qu’une femme ou un homme, a disparu, ici, non pas par accident mais du fait d’une volonté politique.


Une pile de plaques de verre au sol vient compléter le dispositif. Y sont imprimées les informations factuelles récoltées lors de mes enquêtes. La superposition des plaques crée un entremêlement des noms, dates et lieux qui rend l’information difficilement accessible. Il est alors possible d’imaginer le glissement des informations sur les images.